Patrimoine

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La peste, déjà meurtrière il y a 5500 ans

21 juin 2026 à 15:03Temps de lecture

Une nouvelle étude démontre que la peste contaminait déjà des êtres humains à la fin de la Préhistoire. Des analyses faites sur les squelettes de chasseurs-cueilleurs retrouvés dans des sépultures aux environs du lac Baïkal, en Russie, démontrent que ces lointains ancêtres étaient déjà victimes de la terrible maladie.

Les restes de deux adolescents retrouvés en Sibérie, morts de la peste il y a 5500 ans.

© Vladimiri Bazaliiskii / Les restes de deux adolescents retrouvés en Sibérie, morts de la peste il y a 5500 ans.

Lorsqu’on parle de peste, on pense tout de suite à la terrible pandémie de peste noire qui ravagea l’Europe au Moyen Âge. Elle est l’une des épidémies les plus meurtrières que l’humain ait connue, tuant entre 75 et 200 millions de personnes en moins de 10 ans. Ce n’est pourtant pas la première fois de l’histoire que cette maladie tue, loin s’en faut. Des traces bien plus anciennes de la bactérie ont été retrouvées, qui montrent que la maladie existe depuis plusieurs millénaires. La nouvelle étude, parue dans le magazine Nature, donne les preuves les plus anciennes jamais mises au jour.

C’est en pleine Sibérie, non loin du lac Baïkal, que les squelettes analysés ont été retrouvés. C’est sur base de l’analyse ADN des ossements que la présence de la peste a pu être repérée. Sur quatre cimetières retrouvés, les scientifiques ont déterminé que 39% des occupants étaient contaminés par la bactérie Yersinia pestis. Ce sont des petits groupements familiaux de chasseurs-cueilleurs qui ont été touchés par la maladie, qui n’était toutefois pas aussi virulente que ses formes plus tardives. Les membres de ces petites communautés se sont contaminés les uns les autres, entraînant une forte mortalité.

"Ces résultats montrent que les épidémies de peste sont survenues plus tôt qu’on ne le pensait et étaient effectivement mortelles", précise l’étude. La découverte change la perception que l’on avait jusqu’ici de la maladie, que l’on pensait ne pouvoir se répandre que dans de grandes populations avec un mode de vie sédentaire. Or, les restes sibériens datant d’il y a 5500 ans sont ceux de chasseurs-cueilleurs nomades vivant en petits groupes.

La peste transmise par des rongeurs

Durant longtemps, on a considéré que les rats étaient les responsables des épidémies de peste qui ont ravagé des continents entiers à plusieurs reprises. La peste noire du 14e siècle a bien été importée en Europe par des rats, venus par bateaux d’Asie centrale. Mais ce ne sont pas les rongeurs qui ont transmis directement la maladie. Ils ont servi de vaisseau pour un autre animal, porteur de la bactérie : la puce.

Car ce sont bien les morsures de puces qui ont transmis la peste bubonique aux premières victimes médiévales. Mais dans le cas des chasseurs-cueilleurs sibériens, il semble bien que ce soit un autre rongeur qui ait directement contaminé l’humain : la marmotte de Sibérie, chassée pour sa viande et sa fourrure.

Les jeunes garçons, auxquels était confié le dépeçage des proies, ont été particulièrement exposés, notamment à cause de l’ingestion de gouttelettes de sang de marmotte contaminé. Il n’a probablement fallu que quelques individus infectés pour transmettre la peste pulmonaire à un nombre plus important de membres du groupe, par voie aérienne.

Les enfants, premières victimes de la peste

Les squelettes d'enfants retrouvés dans l'un des cimetières sibériens.

Les squelettes retrouvés sont principalement des enfants entre 7 et 11 ans, ce qui démontre une sensibilité particulièrement importante à la maladie. Mais ce qui est surprenant, c’est que presque aucun parent de ces enfants n’a été retrouvé dans les cimetières. Les analyses ADN ont pu établir les liens généalogiques entre les défunts. Tous semblent être issus de la même génération : frères, sœurs, cousins ou cousines. Seul un squelette partage des liens de filiation avec un autre.

Les scientifiques pensent que ce phénomène s’explique par une plus grande immunité des adultes, probablement déjà exposés à une forme moins virulente de la bactérie lors de leur jeunesse. Lorsque l’épidémie locale a touché leurs communautés, ce sont donc leurs enfants qui en ont été les victimes. Puisqu’ils étaient nomades, les adultes ont abandonné les lieux après la vague de mortalité, et ont manifestement été enterrés ailleurs.

La peste avant le Moyen Âge

On l’a dit, l’épidémie la plus meurtrière de peste est celle du 14e siècle de notre ère. De nombreux autres cas ont été documentés auparavant, durant l’Antiquité, comme la peste d’Athènes, ou durant la Préhistoire. On pensait jusqu’ici que les premières contaminations avaient eu lieu durant le Néolithique, une période où se développe la sédentarité, où les populations maîtrisent l’agriculture, domestiquent les animaux, et se regroupent en communautés plus importantes qui deviendront des villages et des villes.

Proximité des animaux et plus grandes densités d’humains au même endroit étaient considérées comme des facteurs indispensables pour la propagation de la maladie. On a même considéré la peste comme l’une des raisons du déclin démographique européen à la fin du Néolithique. Mais la nouvelle étude remet en cause toutes ces observations, parce qu’elle prouve l’existence d’une épidémie meurtrière plus ancienne.

Ces découvertes permettent également de mieux comprendre les facteurs de développement des épidémies, ce qui est indispensable dans notre monde actuel, où 75% des maladies sont des "zoonoses", soit transmises par des animaux. "Comprendre l’histoire évolutive des pathogènes au cours de périodes de profonds bouleversements démographiques et technologiques permet de contextualiser les grands défis auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui, tels que la perturbation des niches écologiques induite par le changement climatique à travers le monde".

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