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Pierre-Édouard Stérin, un milliardaire en croisade

10 juin 2026 à 06:00 - mise à jour 10 juin 2026 à 09:58Temps de lecture

Pierre-Edouard Stérin est le fondateur des coffrets cadeaux Smartbox, qui sont commercialisés en Belgique sous la marque Bongo. Une Success-Story qui lui a permis d’intégrer le cercle restreint des plus grosses fortunes de France. Mais si l’homme d’affaires défraie la chronique aujourd’hui, ce n’est pas tant pour son flair d’investisseur mais plutôt pour l’influence croissante qu’il exerce sur la vie politique. À un an des élections présidentielles en France, ce catholique traditionaliste, qui se définit publiquement comme "libéral conservateur", semble mettre tout en œuvre pour contribuer à porter l’extrême droite au pouvoir.

© Belga Images - RTBF

À la tête d’un patrimoine estimé à 1,4 milliard € aujourd’hui, Pierre-Edouard Stérin est ce qu’on appelle un exilé fiscal. En 2012, après la victoire aux élections présidentielles du socialiste François Hollande, il quitte la France avec fracas pour s’installer en Belgique. "Ça a été un sacrifice pour moi et mon épouse de partir en Belgique, explique-t-il sur la chaîne YouTube Angelsquare. On l’a fait parce qu’on estimait que c’était criminel de continuer à engraisser l’Etat français pour continuer à faire ce qu’il fait aujourd’hui, dans une certaine mesure, à savoir, n’importe quoi !"

Depuis 14 ans, le milliardaire vit donc en exil dans une des communes les plus riches de Belgique. "Son objectif n’est pas d’y déployer ses activités économiques, explique Olivier Blamangin, journaliste à l’Observatoire des multinationales. L’essentiel de ses investissements se fait en France. La raison de son installation chez vous est avant tout fiscale. La Belgique, c’est un peu comme une base arrière pour lui".

 

Périclès, un projet secret pour porter l’extrême droite au pouvoir

Une base depuis laquelle il a la ferme intention de peser sur le cours des choses… en France. C’est ce qu’a révélé Thomas Lemahieu, journaliste à l’Humanité, en juillet 2024, lorsqu’il a dévoilé l’existence d’un projet secret financé par Pierre-Edouard Stérin. Le projet Périclès, acronyme de Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes. Un projet méta politique qui a pour ambition de "servir et sauver la France" en visant "la victoire idéologique, électorale et politique".

"Les documents de Périclès que j’ai découvert, datent de septembre 2023, explique le journaliste. Il y est question de sceller une alliance avec le Rassemblement national en vue d’aider le parti d’extrême droite à remporter 300 mairies, petites ou moyennes, à l’occasion des municipales de 2026. Ce document ressemble un peu à un business plan qui prévoit de dépenser 150 millions sur dix ans pour le financement ou la création de projets qui doivent lui permettre d’atteindre ses objectifs politiques."

Extrait d'une fiche extraite des documents du projet Périclès datant de 2023, où il est question des personnalités politiques à approcher. © Tous droits réservés

Parmi ces projets, on retrouve notamment l’Institut de Formation Politique (IFP). Une école privée qui forme chaque année 1500 jeunes. Ses séminaires proposent des modules animés par différents acteurs issus de la galaxie de l’extrême droite en France qui ont pour objectif de mener le combat culturel contre l’immigration, le "wokisme" et les mouvements écologistes, notamment.

Des ramifications en Belgique

Le projet Périclès mentionne aussi le nom d’un acteur belge, Aymeric de Lamotte. Cet ancien conseiller communal MR à Woluwe St Pierre, qui a ensuite rejoint la Liste Destexhe, est aujourd’hui le codirecteur de l’Institut Thomas More, un groupe de réflexion franco-belge, qui se décrit comme libéral conservateur, mais que certains accusent d’être d’extrême droite. Aymeric de Lamotte est aussi le directeur du collectif d’avocat Justitia, très actif dans la lutte contre le "wokisme", que Périclès présente comme responsable de "la guérilla juridique" que Pierre-Edouard Stérin entend mener.

Aymeric de Lamotte est le co-directeur de l’Institut Thomas More, un think tank franco-belge, et le directeur du collectif d’avocat Justitia. Il est le seul Belge a apparaitre nommément dans les documents du projet Périclès. © Tous droits réservés

Sa mission : "organiser et professionnaliser le contentieux stratégique en utilisant les leviers juridiques, médiatiques, contre l’islamisme, l’immigration, la théorie du genre,…". Ses objectifs : "Mener 20 procédures par an afin de faire changer la peur de camp."

Aymeric de Lamotte confirme que Périclès a bien financé le début des activités du Collectif Justitia mais que "cette initiative évolue désormais indépendamment de Périclès et que Pierre-Édouard Stérin n’est plus un de ses contributeurs".

Extrait de l'article du New York Times dans lequel Pierre-Edouard Stérin affirme être "encore plus à droite que l'extrême droite sur l'immigration". © Tous droits réservés

Je suis plus à droite que l’extrême droite, sur l’immigration

Le projet Périclès liste encore une série de personnalités politiques de droite et d’extrême droite que le milliardaire souhaite approcher en vue d’organiser "l’union des droites". Mais en public, Pierre-Edouard Stérin refuse de se qualifier d’extrême droite. "Périclès, est un projet méta politique qui vise à diffuser en France des idées libérales conservatrices, a-t-il ainsi expliqué à une commission d’enquête du Sénat qui l’interrogeait sur ses intentions. Si je devais me définir politiquement, je me définirais comme étant au centre de la droite."

L’homme aime visiblement brouiller les pistes. Dans une interview accordée au New York Times, il a en effet déclaré qu’il se situait "plus à droite que l’extrême droite sur l’immigration". Invité par la commission d’enquête sénatoriale à s’expliquer, il a déclaré "je suis en faveur de la remigration des étrangers délinquants, sans papier ou au chômage depuis plus de 12 mois. Je suis donc plus à droite que l’extrême droite, puisque l’extrême droite, en tout cas celle qu’on qualifie ainsi en France, n’est pas en faveur de cet élément-là."

Pour Pierre Mathiot, politologue à Sciences Po Lille, il n’y a que peu de doutes au sujet de la position occupée par le milliardaire sur l’échiquier politique français. "Pierre Edouard Stérin s’affirme comme appartenant à la branche la plus ancienne de l’extrême droite française, la branche réactionnaire proche du catholicisme traditionaliste qui s’est structurée dans la négation des acquis de la Révolution française", tranche l’expert.

Catholique proche des milieux traditionalistes, Pierre-Edouard affirme agir sur terre pour devenir Saint. © Tous droits réservés

Saint Pierre-Édouard ?

Pierre Edouard Stérin affiche effectivement des positions proches du catholicisme traditionnel, comme une opposition farouche à l’avortement et au mariage homosexuel, par exemple. Lui, qui, selon ses propres termes, cherche "à optimiser ses chances de devenir Saint" a d’ailleurs décidé d’utiliser sa fortune pour "contribuer à faire la promotion du Christ et à la défense de la France."

Le milliardaire a donc investi une partie de son argent dans des projets philanthropiques. Le plus célèbre s’appelle "Les Nuits du Bien Commun", une soirée caritative qui se tient dans une quinzaine de villes chaque année depuis 2017. L’objectif : rassembler de riches mécènes pour qu’ils soutiennent financièrement des associations triées sur le volet.

Depuis les révélations sur le projet Périclès, ces "Nuits du bien commun" sont devenues la cible de manifestations de mouvements de gauche qui accusent l’événement philanthropique d’être une couverture pour financer discrètement des projets liés à l’extrême droite et aux mouvements catholiques anti-avortement. Face à la polémique, Pierre-Edouard Stérin a quitté l’organisation. Mais les manifestations se poursuivent toujours comme si la simple évocation de son nom ou de sa trace suffisait désormais à faire planer l’ombre de l’extrême droite. Une ombre de plus en plus pensante alors que de nombreux sondages annoncent une possible victoire du candidat ou de la candidate du Rassemblement national aux élections présidentielles de 2027.

Pierre-Edouard Stérin a refusé nos demandes d'interview, mais il a accepté de répondre à des questions écrites que vous pouvez retrouver dans cet article.

Teaser de l'enquête #Investigation

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INVESTIGATION / Pierre-Édouard Sterin

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